Littérature, Bible, Mythes : culture biblique et culture classique dans la littérature française du XVIe au XXe. Première et deuxième partie : culture biblique et culture classique dans la littérature française du XVIe au XXe siècle. Joachim du Bellay, Pierre de Ronsard, Agrippa d’Aubigné. La Renaissance française, tout en se tournant vers l’Antiquité pour y chercher ses modèles, hérite du Moyen Âge un vif intérêt pour la question de la fin des temps et pour les inquiétudes eschatologiques. Les grands événements de la période, comme la découverte de l’Amérique ou l’invention de l’imprimerie, font naître à la fois des espérances et des craintes. Au XVIe siècle, les guerres de Religion marquent profondément la société française. La littérature devient alors un lieu de témoignage, de critique et de combat. Certains auteurs dénoncent les horreurs de la guerre, d’autres défendent leur foi ou appellent à la tolérance et à la paix. Ainsi, les guerres de Religion influencent les thèmes, les formes et le ton des œuvres du XVIe siècle, en donnant naissance à une littérature plus engagée, souvent marquée par l’inquiétude, la satire et la réflexion morale. Les auteurs de l’Antiquité et la Bible ne sont plus des auctoritates intouchables, mais des interlocuteurs avec qui on dialogue. Le thème de la lecture comme dialogue, élaboré par Pétrarque qui lui prête un rôle de premier plan, sert de modèle pour la culture humaniste. L’imprimerie, en favorisant la circulation des savoirs, contribue également à l’essor d’une culture apocalyptique, grâce à la diffusion de l’Apocalypse de Jean, de prophéties médiévales et de brochures astronomiques annonçant guerres, pestes ou déluges. Si, dans l’usage courant, le mot Apocalypse est aujourd’hui souvent associé à la fin du monde, le terme grec apokalypsis signifie d’abord « dévoilement » ou « révélation » : il désigne la manifestation d’une vérité ultime jusque-là cachée ou méconnue. Constituant un véritable genre de la littérature hébraïque, l’apocalypse renvoie ainsi à des textes souvent codés, destinés à transmettre à des initiés un message potentiellement subversif. Dans la France du XVIe siècle, dans le contexte des guerres de religion, catholiques et réformés s’approprient ce modèle, notamment représenté dans la Bible par l’Apocalypse johannique, afin de produire non seulement des écrits à portée prophétique, mais aussi des textes de résistance politique. Les œuvres de Joachim du Bellay, Pierre de Ronsard, Agrippa d’Aubigné nous permettront d’approcher une période si complexe et si riche de la littérature française. Troisième partie du Cours Les réécritures de l’Apocalypse dans la littérature française du XXème siècle à travers l’analyse des textes au programme : Le cours est axé sur l’étude du paradigme apocalyptique dans la littérature du XXème siècle, un paradigme qui a abandonné sa matrice théologique et surnaturelle d'origine — initialement définie par l'Apocalypse de Jean comme une révélation divine et un jugement dernier — pour adopter une nature exclusivement anthropogénique. Désacralisée par l'avènement des sciences exactes et intimement liée au potentiel destructeur de la technologie humaine, la réécriture contemporaine du désastre s'ancre dans les traumatismes du XXème siècle, notamment l'expérience des deux guerres mondiales, des camps de concentration et de la bombe atomique de 1945. Cette transition historique consacre un basculement épistémologique majeur: l'apocalypse n'est plus comprise comme un événement futur et imminent, mais s'impose désormais, selon la formule de Jean-Paul Engélibert, comme une condition immanente et permanente de notre modernité. Ce phénomène favorise l'émergence d'un « catastrophisme éclairé » où la fin du monde se sécularise et se décline sous de multiples facettes telles que les crises nucléaires, écologiques, économiques ou politiques. Devenu un topos universel et une catégorie psychologique structurant la perception moderne, l'apocalyptisme littéraire ne cherche plus tant à prophétiser qu'à explorer les limites de l’expérience humaine et de l’écriture face au chaos. Les réécritures apocalyptiques, plutôt que d'être de simples reprises du thème biblique, superposent une série de symboles et des mythes liés à l'idée de destruction et de catastrophe. Afin d'analyser les particularités rhétoriques, narratives et symboliques de ce mythe sécularisé, le cours s'articulera autour de l'étude comparative de deux œuvres majeures de la littérature française du XXème siècle : La Peste d'Albert Camus et Le Roi des Aulnes de Michel Tournier. La démarche méthodologique se déploie selon deux axes principaux. Le premier adopte une perspective thématique et symbolique afin de repérer la récurrence et la redéfinition des motifs bibliques traditionnels au sein du corpus. Le second axe relève d'une approche narratologique, attentive aux constantes semantiques et formelles de la réécriture mythique. Ce cours permettra également d’analyser la perception du temps dans la littérature moderne à travers le prisme des représentations apocalyptiques : l’imaginaire de la fin se déploie comme une réflexion sur le temps, un temps où le monde s'apprête à s’écrouler. Le présent y devient infernal, tandis que le passé est devenu fondateur car l’avenir et l’issue sont irrémédiables. Ainsi, alors que l'imaginaire catastrophique traditionnel conçoit le temps de manière déterministe, la grande fiction apocalyptique moderne brise le flux de la réalité ordinaire.En définitive, le cours cherchera à mettre en lumière la manière dont la fiction moderne subvertit le déterminisme historique traditionnel pour déployer une temporalité de l'effondrement, transformant le présent en un espace infernal et l'avenir en une issue irrémédiable.
Pour comprendre le langage littéraire et critique, l’étudiant doit connaître la littérature française dans son évolution générale, depuis le XVIe jusqu’au XXe siècle et avoir un niveau de langue française qui lui permette de suivre les cours.
Le cours est organisé par des leçons frontales. On demandera aussi aux étudiants de participer activement avec la présentation de lectures critiques qui seront concordées et coordonnées avec l’enseignant.
Textes : Joachim Du Bellay, Les regrets ; suivi des Antiquités de Rome et du Songe ; édition présentée et annotée par François Roudaut, Paris, Librairie Générale Française, 2002 Bibliographie critique : Béné Charles. Des Visions de Pétrarque au Songe de Du Bellay, « Recherches & Travaux », n°5, 1972. pp. 17-27 Gilbert Gadoffre, Structures des mythes de du Bellay, « Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance », 1974, T. 36, No. 2 (1974), pp. 273-289. Sharlene May Poliner, Du Bellay's songe : strategies of deceit, poetics of vision, « Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance », T. 43, No. 3 (1981), pp. 509-525 Ronsard, Pierre de, Discours des Misères de ce Temps, in Œuvres complètes, édition de Paul Laumonier, Paris, STFM, 2009, t. XI. Bibliographie critique : Laumonier, Paul, Introduction, in Pierre de Ronsard, Discours des misères de ce temps. À la Royne mere du Roy. Par Pierre de Ronsard Vandomois (1562), Œuvres complètes, IV, éd. Paul Laumonier, Paris, Société des Textes Français Modernes, Classiques Garnier, 2015. DOI : 10.13182/NT07-A7385 Caroline Trotot, Les Discours de Ronsard, refus de la rupture historique et invention d’un genre, in Zbigniew Przychodniak, Piotr Sniedziewski, Fiction de l’histoire. Formes et imaginaires de la rupture, Editions de la société des amis des sciences et des lettres de Poznan, 2012, pp.19-33 Debailly Pascal, Ronsard et la satire dans les Discours des Misères de ce Temps, in Poésie et guerre civile. Pierre de Ronsard, Discours des Misères de ce Temps Paris « Cahiers Textuels », 33, Université Diderot-Paris 7, UFR Sciences des textes et documents, 2009. pp. 153-177 Buron, Emmanuel, L’opinion dans les Discours, in Lectures de Ronsard, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2009, pp. 115-136. Agrippa d’Aubigné, Les Tragiques, éd. J.-R. 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Alter, L’art du récit biblique, Bruxelles, Lissius, 1999 ; Poésie et Bible de la Renaissance à l’âge classique, 1550-1680. Actes du Colloque de Besançon des 25 et 26 mars 1997, réunis par Pascale Blum et Anne Mantero, Paris, Champion, 1999 ; Bible et littérature. Études réunies et présentées par Olivier Millet, Paris, Champion, 2003 ; O. Millet et Ph. De Robert, Culture biblique, Paris, PUF, 2001, en particulier les chapitres 1. Bible et littérature, p. 339-406); Ferrer Véronique. « La langue de Canaan » : une nouvelle langue sacrée ?. In: Cahiers du GADGES n°15, 2018 TERZA PARTE DEL CORSO Textes primaires AlbertCamus, La Peste, Paris, Folio, 2010 (ou autre édition intégrale). Michel Tournier, Le Roi des Aulnes, Paris, Gallimard, 1975 (ou autre édition intégrale). Textes critiques : Huet-Brichard M.-C-, Littérature et mythe, Paris, Hachette supérieur, 2001. Korthals-altes L., Le Salut par la fiction? 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Le roman français au tournant du XXème siècle, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2004. Sur le mythe et la littérature ALBOUY P., Mythes et mythologies dans la littérature française, Librairie, Armand Colin, Paris, 1969. ALBOUY, P., Mythographies, Corti, Paris, 1976. BARTHES, R., Mythologies, Seuil, Paris, 1957. BALDACCI, A., PORCZYK A. SKOCKI. T. (ed.), Dossier « L’apocalisse nella letteratura italiana fra XX e XXI secolo », Nuova Corrente, n.163, 2019. BRUNEL P., (éd.), Mythes et la littérature, Presses Universitaires de Paris Sorbonne, 1994. BRUNEL P., Mythocritique. Théorie et Parcours, Paris, Presses Universitaires de France, 1992. CALMES Th., « Les symboles de l'apocalypse», Revue Biblique (1892-1940), vol. 12, n 1,Janvier1903, pp. 52-68. CAYROL J., « Pour un romanesque lazaréen », Les Corps étrangers (1959), Paris, seuil, «10/18», 1964, pp. 201-223. COHN N., Les fanatiques de l’Apocalypse, Paris, Payot, 1983. CROWLEY M., L’Homme sans. 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